Oui, on doit encore parler des mecs. Désespérément.

Texte original de The Trans Dandy publié sur Substack le 16/06/2025, traduction par Cyan.

https://thetransdandy.substack.com/p/trans-male-privilege

L’article de Talia Bhatt cité dans cet essai a été également traduit et est disponible ici : https://transmascressources.fr/degenrage-et-regenrage

[DESCRIPTION ET TRADUCTION DE L’IMAGE :

Sur un fond blanc, un homme et une femme sont dessiné⸱es en style cartoon. L’homme est à gauche de l’image, il a la tête baissée, les yeux fermés et un air triste. Il est colorié entièrement en bleu, et à sa droite est dessiné le symbole homme, également en bleu. Il tient la main d’une femme, qui lui fait face. Elle est coloriée entièrement en rose. Elle lui pointe un revolver sur le visage et le regarde en souriant. A côté d’elle, à sa gauche, est dessiné le symbole femme.

TEXTE :

En haut de l’image, écrit à la main, le premier mot est en gras et en rouge :

« C’est ÇA le féminisme. »

L’homme dit :

« Pardon d’être un homme »

Et la femme lui répond :

« Certains crimes ne peuvent être pardonnés »]1

Avertissement de discussions d’abus sur enfant, de violence physique et sexuelle, et de grossesse. Les noms ont été changés par respect pour la vie privée des personnes.

i. Trauma Dump2

En 2023, j’avais peur à en crever. La législature d’État venait de faire passer la première lois anti-trans, et personne ne savait à quoi s’attendre. Nous ne savions pas si nous serions considéré⸱es comme criminel⸱les pour avoir utilisé des toilettes, ou si on nous empêcherait de mettre à jour notre genre à l’état civil. Pendant un mois, c’était comme si un horrible destin miroitait au loin sans que l’on puisse y échapper, jusqu’à ce qu’enfin, mon fiancé m’amène à une réunion d’un groupe local pour organiser une contre-offensive. Notre campagne était claire : nous demandions à notre ville de ne pas juste promettre de protéger les personnes trans, mais d’implémenter de nouvelles politiques pour renforcer cette dite promesse. À ce moment là, nous n’avions qu’un mois avant que la loi ne soit appliquée.

Pour faire tout ça le plus vite possible, nous avons accueilli toute personne volontaire pour nous aider à accomplir notre mission. Très vite a émergé un groupe porteur qui assistait à toutes les réunions, organisait des événements, et qui, d’un moment à l’autre, allait distribuer des tracts en ville. Pour faire court, nous avons gagné avant la fin de l’été. Nous formions un groupe incroyablement efficace malgré l’urgence de la situation – et, aussi, malgré Anna.

La première interaction que j’ai eue avec Anna, c’était dans une chaîne d’email. Je l’ai réprimandée après qu’elle ait fait une remarque déplacée qui a conduit une femme trans à se retirer de la campagne. Plus tard, quand nous avons été présenté⸱es plus formellement, j’ai appris qu’elle avait à son actif plus d’une dizaine d’années d’expérience en tant qu’organisatrice d’événements queer au sein d’une grande ville sur la côte. Elle s’identifiait simplement comme non conforme de genre. La plupart des gens l’auraient juste vue comme une femme blanche qui se fiche de son apparence. De manière générale, elle ne niait pas qu’elle était une femme.

Le hasard a fait que je ne sois pas la seule personne à avoir des soucis avec Anna. Elle avait une approche étrangement oppositionnelle sur toutes nos décisions en tant que groupe, au point qu’on se demandait si elle ne suivait pas le Guide Simple du Sabotage de Terrain de la CIA.

Le groupe a fini par faire front pour l’enlever de nos espaces d’organisation. Mais avant que ce soit fait, personne ne s’était autant disputé avec Anna que moi.

Malgré les deux ans qui se sont écoulés depuis, certaines choses qu’elle m’a dite continuent de tourner, régulièrement, dans ma tête. Au début de la campagne, alors que j’étais particulièrement inquiet par rapport à cette loi, elle a déclaré que j’étais incapable d’en saisir vraiment les enjeux, car elle ne m’impacterait pas directement. Quand je l’ai confronté, car elle avait saboté nos efforts à plusieurs reprises, elle m’a traité de dictateur. Quand j’ai préparé une réponse publique, elle m’a accusé d’effacer les personnes racisées et les femmes. Quand j’ai fini par lui rappeler qu’elle était cis, elle m’a accusée d’être transphobe et d’être un danger pour les personnes trans. Et quand, enfin, nous l’avons virée de l’organisation, elle a commencé à laisser des commentaires ici et là, en ligne, insinuant que je serais un obstacle aux droits des personnes trans.

Je suis toujours, par moments, abasourdis d’à quel point la manière dont elle m’a traité m’a affecté. Après des années sans avoir eu de crises de paniques, j’ai dû reprendre mon traitement antidépresseur à cause de l’anxiété que me causait la possibilité qu’elle se mette, à tout moment, à entrer en conflit avec moi ou avec quelqu’un d’autre du groupe. Même une fois que la campagne terminée et qu’elle soit partie, j’étais saisi d’une peur constante qu’elle revienne et renverse l’opinion publique contre notre organisation. Et, alors que tout le monde s’entendait sur le fait qu’elle était en tort et que je savais, rationnellement, que nous avions suffisamment de succès pour qu’elle ne puisse pas nous atteindre, j’ai quand même fait traîner l’écriture de cette partie parce que, qui sait ? Et si c’était moi la mauvaise personne, et si j’étais vraiment détrimentaire aux personnes trans, et si c’était elle qui savait mieux que moi, et si je lui donnais le fuel dont elle avait besoin pour détruire, enfin, la belle communauté que nous avons travaillé si dur à construire ?


Presque un an plus tard, notre organisation a connu une accalmie. Nous étions encore quelques un-es à faire ce qu’on pouvait pour se maintenir en l’activité, mais l’enthousiasme s’était largement éteint. Les gens ont arrêté de venir. Alors, quand un événement a de nouveau mis la ville en alerte par rapport aux droits des personnes trans, j’ai su que je devais sauter sur l’occasion.

J’avais, certes, organisé des événements au sein du groupe, mais je n’avais jamais rien planifié seul. Je me suis mis au travail en utilisant les contacts que j’avais et en à peine une journée, j’avais considérablement avancé. À un moment, quelqu’un a mentionné qu’une autre personne en ville organisait un rassemblement similaire. Puisque je ne voulais marcher sur les platebandes de personne – et parce que j’étais enthousiaste à l’idée de faire de nouvelles connections pour raviver notre organisation – je l’ai contacté⸱e. Rapidement, nous avons décidé de travailler ensemble.

Nous avons fini par nous rencontrer en personne. Iel était une personne femme, appelé⸱e Nina, et iel devait avoir environ 15 ou 20 ans de plus que moi. Iel possédait une entreprise en ville dont j’avais déjà entendu parler. À la fin de notre longue conversation, Nina m’a dit qu’iel souhaiterait utiliser le pronom « iel » et se rapprocher d’autres personnes queers. J’étais aux anges ; ça avait l’air d’être un super contact.

La vision que j’avais, initialement, pour ce rassemblement, a vite été modifiée. Je voulais qu’il ait lieu dans le plus grand parc de la ville pour profiter de l’espace et de la publicité ; quant à ellui, Nina voulait le faire dans une des salles de son entreprise. Le compromis que nous avons trouvé fut de se rassembler au parc, puis de marcher en ville, et enfin de se réunir dans les locaux. Nous avons fait des tracts avec toutes les informations nécessaires, et ils ont attiré beaucoup d’attention. Des dizaines de personnes avaient prévu de venir.

Le jour du rassemblement, je suis arrivé tôt au parc et j’ai découvert que Nina avait commencé l’événement en avance, sans me prévenir. La presse était là, les invité⸱es spéciaux avaient déjà fait leurs prises de parole, et la marche commençait – presque une heure entière avant le début prévu.

J’étais mortifié. Les gens qui savaient que j’avais organisé l’événement me posaient des questions sur le changement d’horaire, et je n’avais pas de réponse. Alors que la marche commençait, je pensais à toutes les personnes qui allaient arriver au parc à l’heure prévue, et qui ne trouveraient plus personne. Ce qui était une opportunité de raviver mon organisation allait, au lieu de ça, ternir sa réputation. Et alors que d’autres accrocs arrivaient, comme la localisation bizarre du lieu de rassemblement et sa petite taille, j’ai, égoïstement, décidé de laisser Nina prendre les rênes comme organisateurice principal⸱e, pendant que je me plaçais en simple soutien. Je ne voulais pas que les gens se souviennent de cet événement comme du premier que j’avais principalement organisé seul.

Un peu plus tard, mon fiancé m’exprima sa frustration quant au déroulement de l’évènement. En retour, j’étais inconsolable. C’était la goutte d’eau qui déclencha un torrent incontrôlable de frustrations et d’insécurités. Nina m’avait volé cet événement. Nina m’avait humilié. J’avais balancé Nina sous le bus en lae laissant prendre tout le crédit. Tout était de ma faute puisque j’avais laissé Nina prendre des mauvaises décisions et fuit mes responsabilités. Ou peut-être que tout avait mal tourné parce que j’avais cru, sans fondement, que j’avais le droit de décider. Je n’avais aucun droit d’organiser un rassemblement. Je prenais trop de place. J’étais un dictateur.

En opposition à mon désespoir, la réputation de Nina n’avait fait que grandir après le rassemblement. J’étais soulagé d’être toujours dans ses bonnes grâces, même si j’avais l’impression de l’avoir très mal traité⸱e. Un peu plus d’un mois après, quand j’ai lancé une campagne urgente pour stopper une proposition de loi anti-trans, iel m’a proposé⸱e ses locaux d’entreprise comme endroit pour nous organiser. Avec les efforts combinés de mon organisation et d’autres similaires, nous avons réussi à stopper cette proposition. Mon organisation faisait son grand retour ; Nina aussi semblait s’épanouir. Dans toute cette gloire, j’ai ravalé ma honte et laissé le passé au passé.


La première fois que j’ai hurlé sur quelqu’un – vraiment, sincèrement hurlé sur quelqu’un, sans aucune mesure, comme un animal sauvage déchaîné, c’était peu de temps après que j’ai rencontré Anna en 2023. ça s’est passé pendant un meeting avec la plus grosse organisation queer de la ville, Q, après qu’iels aient refusé de donner une plateforme à notre campagne lors du Mois des Fiertés. La trahison, l’angoisse et le désespoir étaient si viscéraux que je n’ai pas pu me retenir. Je savais que la situation ne ferait qu’empirer pour les personnes trans. Si la première Pride était une émeute, alors bon sang, pourquoi le militantisme trans le plus minimal ne pouvait pas avoir la priorité sur la lèche des sponsors financiers ?

Plus tard dans l’année, une fois notre campagne terminée, j’ai commencé à douter de moi. Un⸱e des leaders de Q – coïncidentalement, la personne sur laquelle j’avais hurlé – avait fait plusieurs tentatives pour se réconcilier avec mon groupe. J’ai fini par lae contacter et je me suis excusé. Lors du Mois des Fiertés de l’année suivante, les rapports entre nos groupes étaient bien meilleurs. Certes, j’avais toujours mes réserves. Mais iels nous mettaient ouvertement en avant. J’étais invité à différents événements pour parler de politiques trans. J’appréciais qu’iels promeuvent le travail de mon groupe.

Suite à l’élection de 2024, des centaines de locaux se sont tourné⸱es vers mon groupe. À l’aube de 2025, nous étions les premièr⸱es à suivre la législation anti-trans, à la fois au niveau fédéral et au niveau étatique. En tant que porte-parole politique principal et organisateur au sein de mon groupe, mon rôle a pris énormément d’importance. Rien que sur les trois premiers mois de l’année, j’ai passé des centaines d’heures à créer et écrire des posts informatifs, à encourager et à guider des centaines de personnes pour qu’iels rédigent des témoignages, voyagé jusqu’au Capitol pour témoigner moi-même, coordonné des événements avec d’autres militant⸱es, je me suis exprimé auprès de la presse, j’ai analysé des lois, traqué les législateurs, et animé des présentations éducationnelles.

Je n’aurais absolument pas pu le faire seul – j’ai un comité de direction brillant qui a abattu une quantité de travail similaire dans leurs rôles respectifs. De plus, nos membres sont super enthousiastes, fiables, et prêt⸱es à aider. Je n’ai jamais regretté d’avoir fait ce travail gratuitement et sans reconnaissance, et je ne le regretterai jamais. Nous avons créé un sanctuaire pour les personnes trans, pendant une période de plus en plus terrifiante. C’est tout ce que j’ai toujours voulu.

Pourtant, quand j’ai appris que j’avais été nominé pour recevoir un prix de la part de Q, je n’ai pas pu empêcher l’excitation de monter. Le prix reconnaissait une personne qui contribue considérablement à la communauté queer locale. Bien que je n’attendais aucune célébration, ça ne fait jamais de mal de voir son travail apprécié, surtout quand nos droits sont constamment attaqués. Alors, le soir de la remise des prix, mon fiancé et moi nous sommes bien habillés et nous nous sommes rendus sur place. On a souri et dansé et attendu avec impatience pendant une heure, jusqu’à ce que la cérémonie de remise des prix arrive enfin.

Lae maître⸱sse de cérémonie – un⸱e des leaders de Q – a commencé par réciter une phrase que j’utilisais fréquemment lors de mes prises de parole publiques. Iel a partagé que lae gagnant⸱e était quelqu’un⸱e vers qui les gens se tournaient pour son sens du leadership. Iel est un⸱e organisateur⸱ice reconnu⸱e, disait-iel, et iel a mentionné le premier rassemblement que j’avais organisé. Mais ce qui démarquait vraiment cette personne – la vraie raison de cette récompense – c’était son dévouement pour les petites entreprises au sein de la communauté.

Quand Nina est monté⸱e sur scène avec des larmes de joie sur son visage et a remercié tout le monde de lui faire cet honneur, iel n’a pas une seule fois mentionné ni les personnes trans, ni mon organisation. En fait, même en dehors de cet événement, iel n’a fait aucune mention ni des personnes trans, ni de mes efforts politiques depuis la réélection de Trump.

Le lendemain matin, j’ai finalement explosé. Mon fiancé me tenait dans ses bras pendant que je sanglotais sur mon lit. Nina m’avait exploité pour ses propres bénéfices – littéralement. J’avais ramené de nouvelleaux client⸱es dans son entreprise et j’ai perdu toute reconnaissance à la seconde où son entreprise a fermée. Et Q se fichait de mon organisation et de ce que je faisais ; iels ont seulement reconnu mon travail pour éviter d’avoir à le faire elleux-mêmes. Ni Nina ni aucun⸱e leaders de Q n’étaient venu⸱es ni aux rassemblements, ni au Capitol, ni à mes sessions d’information. La majeure partie d’entre elleux ne se fatiguaient même pas à relayer mes campagnes ou mon contenu informatif.

Mon fiancé me tenait dans ses bras pendant que je sanglotais parce que personne n’en avait rien à foutre des enfants trans qui perdaient leur droit à transitionner. Iels n’en avaient rien à foutre que tous mes marqueurs de genre avaient été rechangés en F ou que je ne puisse pas travailler dans les écoles malgré mon diplôme à cause de ces nouvelles lois. Iels n’en avaient rien à foutre de toustes les adultes trans qui fuyaient vers des endroits qui ne seraient pas safe encore longtemps ni du fait que je n’allais pas tarder à les suivre. Personne n’en avait rien à foutre que je me sois barré de l’évènement juste après l’annonce du prix. Personne ne m’a contacté, personne ne m’a remercié. Personne ne m’a demandé comment j’allais, après tout ce que j’avais fait. Personne ne m’a proposé d’aide.

Pendant les jours qui ont suivi, j’ai vécu dans le brouillard, enragé comme je ne l’avais jamais été. Je ne savais pas que c’était possible d’être autant en colère. Encore et encore, j’ai dit que je ne travaillerai plus jamais avec Q. Finalement, j’ai menti ; j’écris cette partie à peine quelques heures après avoir, encore, fait un discours pour elleux. Je me suis rendu compte que leur permettre de m’exploiter faisait de la pub pour mon organisation. Et, au moins, ça donne aux personnes trans un endroit réellement safe où aller.

Nina n’a toujours fait mention d’aucune des lois anti-trans qui sont passées cette année. J’ai arrêté d’espérer il y a un moment. Quand je lae vois, je souris et je lui parle.

ii. L’Homme de Schrödinger

On remarque un sentiment courant chez les hommes trans. Quand on pointe du doigt le fait qu’ils sont des hommes, particulièrement lorsque c’est en réponse à un privilège supposé ou vécu dont ils bénéficieraient ou pour leur faire remarquer une transgression qu’ils ont commise, vous allez les entendre dire quelque chose comme : « Mais je ne suis pas un homme cis. » Parfois, ce sentiment en embraye d’autres, similaires : nous clamons que nous sommes différents, nous avons été « socialisés comme des femmes », nous rétorquons que nous ne pouvons pas être des hommes cis car nous sommes opprimés de manières x, y et z, et nous pouvons aller jusqu’à nier totalement le fait que nous sommes des hommes tout court.

Cette tendance m’est intimement familière. Pendant des années, je me suis battu avec moi-même. Chaque comparaison de moi à un Homme – le redouté, le terrible, l’offensant Homme Blanc – faisait monter en moi un sentiment profond de révolte, de dégoût, de confusion et de haine de moi. Cette réaction était particulièrement puissante pendant les 8 ans que j’ai passé à attendre d’être suffisamment en sécurité pour commencer à transitionner médicalement. Cela résonnait comme une moquerie cruelle, un rejet total de l’aliénation et du manque de respect constant que je subissais et qui étaient tellement encrés en moi qu’ils étaient devenus inséparables de mon identité. Même quand je pouvais dire que j’étais un homme, même si c’était vrai, même si c’était utilisé d’une façon qui n’était pas insultante, c’était comme si quelqu’un rouvrait une vieille blessure et fouillait dedans pour trouver une balle impossible à extraire.

Et pourtant, en même temps, dire que j’étais quoi que ce soit d’autre qu’un homme n’était pas vraiment mieux. Ça faisait mal, différemment. Quand on a été mégenré toute sa vie, ça ne nous atteint plus. De temps à autre, ce nerf se réveille et nous fait hurler de douleur, puis il se rendort, et on oublie. C’est épuisant.

Peut-être que toute cette fatigue est la raison de cette réaction viscérale qu’on a parfois, quand on nous désigne comme des hommes. Souvent, on ne nous considère comme des hommes que pour nous engueuler, comme quand quelqu’un nous fait remarquer qu’on a été (trans)misogynes. Et bien que ces critiques doivent, absolument, être faites – Dieu sait que je les fais moi-même régulièrement – je comprends aussi la résistance qu’on y oppose. Quand personne ne nous considère, quand on est traité comme de la merde par tout le monde, ça donne juste envie de hurler, bordel de merde, fermez là ! Regardez à quel point j’en chie ! Voyez que j’ai passé ma vie à être maltraité ! Moi aussi, les hommes me terrifient ! Pourquoi vous me détestez ! Qu’est-ce que j’ai fais ?

Avant, quand j’avais du mal avec le fait d’être un Homme, j’en ai souvent voulu aux femmes trans. Je n’arrivais ni à exprimer ce ressentiment correctement ni à comprendre pourquoi. C’est très proche de ce que je ressentais en étant enfant au sein d’une famille abusive, mais dont la maltraitance n’était jamais remarquée. Plus je grandissais, plus je priais anxieusement pour qu’un jour, mon père me frappe enfin, que ma mère se déchaîne devant tous les professeurs et dise quelque chose de vraiment, vraiment horrible, que j’arrive à l’école en sang et couvert de bleus et que quelqu’un, enfin, me remarque. Les enfants dont la maltraitance était plus évidente ne m’avaient jamais rien fait de mal, mais c’était dur de ne pas leur en vouloir, par principe. C’est comme si c’était elleux qui recevaient toute l’attention pendant que, non seulement, je souffrais en silence, mais qu’en plus ma souffrance était niée et punie dès que je l’exprimais.

Bien sûr, ces enfants vivaient leurs propres vies traumatisantes et recevaient rarement le soin et l’amour dont iels avaient besoin. Mais ça n’a rien de rassurant quand on est un enfant en train de se débattre dans l’eau pendant que toustes les adultes autour sont trop occupé⸱es pour le remarquer. Alors lorsque les hommes trans sont des Hommes, c’est comme si cette souffrance était encore niée, et quand les femmes trans reçoivent de l’attention, que ce soit de l’empathie ou de la haine, on se dit, si seulement j’avais des bleus, si seulement j’avais les lèvres fendues, iels comprendraient à quel point je souffre. Qu’est-ce qu’elles en savent, elles ? Qu’est-ce qu’elles ont fait pour mériter autant d’attention ? Pourquoi personne n’en a rien à foutre de nous ? Pourquoi est-ce que personne ne nous voit ?


Le matin suivant la cérémonie de remise des prix, quand je pleurais dans mon lit, je n’arrêtais pas de dire, en boucle, « Mais iels ne peuvent pas exploiter un homme blanc. Iels ne peuvent pas exploiter un homme blanc. » C’est venu sans réfléchir, une conséquence d’une série d’incidents qui ont tout fait éclater. Il y avait eu Anna qui m’accusait de prendre la place des femmes et des personnes racisé⸱es, de ne pas vraiment comprendre ce que c’était que d’être trans ; une femme trans en ville avait critiqué un article, qu’elle n’avait même pas lu, sur mon engagement pour le retrait d’une proposition de loi anti-trans parce qu’elle s’attendait à ce que j’ai, moi-même, une position anti-trans ; le nombre de personnes de mauvaise foi qui se plaignaient que j’étais trop libéral ou trop radical selon le côté qui les arrangeait sur le coup, sans se concentrer sur d’autres problèmes (plus importants) ; les gens en ligne comme hors ligne qui me voyaient comme privilégié et hors sol parce que j’avais transitionné médicalement et légalement. Dans tous ces cas de figure, dans chacun de ces cas de figure, les gens utilisaient le terme « homme blanc » comme péjoratif, pour me discréditer. Même moi, je l’utilisais pour me discréditer, comme dans mes interactions avec Nina, parce qu’une personne femme racisé-e devrait toujours avoir la priorité par rapport à moi, et le fait que je laisse Nina subir les retombées du rassemblement révélait à quel point je n’avais pas mis ni sa sécurité ni son bien-être avant tout.

Que ce soit clair : je ne crois aucunement être discriminé parce que je suis blanc ou parce que je suis un homme. Non, ce qui se passe, c’est de la pure transphobie, mais le terme Homme Blanc est utilisé comme une insulte pour justifier ce mauvais traitement. Ça voudrait dire que je ne suis pas exploité en tant que personne trans, parce que je suis un homme blanc. En tant qu’homme trans, il serait impossible de m’exploiter ou de me maltraiter. D’ailleurs, je devrais tout faire gratuitement pour expier mes péchés. La meilleure chose que je pourrais faire serait de fermer ma gueule et courber l’échine. Et je ne mérite aucun crédit pour mon travail parce qu’en vérité, c’est moi le parasite qui exploite les autres.

L’impact émotionnel que laisse le fait d’être accusé d’être un Homme de mauvaise foi ne concerne pas que moi. Par exemple, l’année passée, quand le comité de décision n’était composé que de moi et de deux autres personnes trans mascs, on a eu une discussion afin de comprendre ce qu’on faisait de mal pour qu’aucune femme trans ne soit autant impliquée que nous dans la direction de l’organisation, comme si on faisait quelque chose de moralement répréhensible en prenant les rênes. Cette inquiétude est revenue quand je suis allé à la capital de l’État, plus tôt dans l’année, pour témoigner contre une loi anti-trans. Quand j’ai vu qu’il y avait beaucoup d’hommes trans qui témoignaient, mais qu’une seule femme trans, je me suis tout de suite demandé si notre seule présence avait, quelque part, empêché des femmes trans qui le méritaient plus, de s’exprimer.

Je me rends compte que c’est ridicule. Il n’y a rien qui prouve ces inquiétudes. Mon thérapeute m’a dit que ça s’appelait de la confusion inférentielle. Mais même en sachant ça, ça ne change rien au fait que j’ai vraiment eu cette peur et que je l’ai toujours. Pendant longtemps, j’ai fonctionné avec la croyance que, quoi que je dise, ça ne vaudrait jamais grand-chose. Que le travail que je pourrais fournir n’aurait pas vraiment de valeur, car je fais probablement plus de mal que de bien. Que je n’ai aucune autorité pour parler d’expériences que j’ai vécues, et que je vis encore. Et, bien sûr, si quelque chose va mal, ou ne se passe juste pas comme prévu, c’est inévitablement de ma faute. Si seulement je n’étais pas un Homme. Alors, je ne serais pas un trou noir ontologique.


La nuit de la cérémonie de remise des prix, j’ai envoyé un message aux deux autres personnes trans mascs du comité de direction pour exprimer mon indignation que Nina reçoive ce prix à notre place. Leur réponse ? Nina le méritait, après tout ce qu’iel avait fait. Je devrais être heureux pour ellui. Iel a travaillé tellement dur. Qu’est-ce qu’iel a fait précisément n’a jamais été explicité ; iel le méritait juste.

Nous n’en avons pas reparlé depuis. On garde la tête baissée et on travaille en silence. On peut compter les un⸱es sur les autres. Je ne suis même pas sûr que quiconque connaît leurs noms, malgré tout le travail qu’iels font.

iii. Vu, mais pas entendu

Les ragots sur les célébrités et les conseils pour perdre du poids mit en avant par les magazines, aux caisses de Walmart, furent brutalement interrompus par un titre explosif : un homme était tombé enceint. De toutes les couvertures qui m’avaient dérouté quand j’étais enfant, celle-ci semblait la plus notable parce que toustes les adultes avaient l’air aussi confus⸱es que moi. Je pressentais que poser des questions à mes parents pouvait m’attirer des ennuis, alors j’ai essayé de baisser la tête et de regarder ailleurs. Ce qui n’était pas facile puisque tous les magazines avaient cette même couverture.

Un peu plus tard, on rentrait en voiture sur une route de campagne sombre. Ma sœur dormait ; ma mère, pour une fois, écoutait la radio au lieu d’un de ces CD habituels. Et une fois de plus, il y avait cet homme enceint, cette fois sans la photo pour l’accompagner. Le présentateur de l’émission expliquait qu’il était transgenre.

Ma mère m’expliqua qu’être trans était un péché. Qu’on ne devrait jamais changer son corps de cette manière. J’étais une créature merveilleuse3, tout comme Thomas Beattie, mais le mal avait triomphé et il avait pris la mauvaise décision. Pendant des années, il était le seul homme trans dont j’avais entendu parler.


Je ne me souviens pas de la première fois où j’ai entendu parler des femmes trans. Je me souviens clairement avoir regardé des vidéos de « transformations de genre » au collège et d’être tombé sur une queen plus âgée qui aurait pu, ou non, s’identifier comme étant une femme trans. Mais avant ça, je ne me souviens que des mêmes tropes culturels que tout le monde a déjà vu : le crossdresser qui ne prend pas ça au sérieux et qui laisse tomber ce rôle quand ce n’est plus ni drôle ni nécessaire, ou le travesti investi qui est une vraie menace pour la société. Ce n’est qu’en cinquième qu’un ami m’a expliqué ce qu’étaient les drag queens. À partir de là, j’ai commencé à me rendre compte de l’existence des femmes trans.

Que je ne puisse pas déterminer quand ma connaissance des hommes cross-dressers et des drag queens a prit fin pour laisser la place à une connaissance des femmes trans reflète la manière avec laquelle la société dégenre les femmes trans. Le dégenrage des femmes trans se manifeste par une compréhension de celles-ci non pas comme des hommes ou des femmes, mais comme quelque chose de complètement différent, une sorte de 3ème sexe teinté des pires caractéristiques imputées aux deux autres. Ce processus a souvent pour effet d’ériger une barrière qui coupe l’empathie, ce qui justifie la violence et la déshumanisation. Comme l’explique Talia Bhatt :

« Nous servons, alors, d’objets de fascination macabre pour les cisexuel⸱les, soit comme fantasme hypersexualisé sans autonomie ni agentivité propre, soit comme créature monstrueuse qu’il est possible d’abhorrer, de violenter et de brutaliser. Notre transgression des carcans genrés, notre démonstration de la mutabilité et de la flexibilité du sexe est une offense capitale à laquelle beaucoup réagissent par une rage irrationnelle. Notre existence en elle-même est une abomination pour un régime hétérosexuel et suprémaciste masculin, une abomination qui doit être écrasée et reniée à chaque tournant.

De fait, nous ne sommes vues comme des femmes que subconsciemment. Nous sommes féminisées comme le serait tout ce qui est considéré comme inférieur à un Homme, et pourtant notre féminité est répudiée, même lorsque celleux qui désirent nous détruire font peser toute la puissance de la dégradation misogyne sur nous. Nous sommes violées, et on nous dit que nous avons recherché le viol, que notre déviance et notre perversion et nos prétentions féminines portent en elles la permission implicite, pour les déviants et les pervers, de nous traiter comme des femmes. Nous sommes victimes de discrimination à l’embauche et au logement, appauvries et jetées à la rue, au travail du sexe pour survivre, et nous faisons régulièrement face à des barrières lorsque nous voulons accéder aux technologies de transition. »

En tant qu’« objets de fascination macabre pour les cisexuel⸱les », il n’est pas étonnant que j’ai été plus confronté à des représentations de trans féminité plutôt que de trans masculinité et, pourtant, je ne saurais pas nommer la première femme trans dont j’ai entendu parlé. Les hommes trans, à contrario, n’ont pas été l’objet d’une telle fascination – du moins, pas jusqu’à récemment. Et même maintenant, la fixation culturelle sur les ROGD Tumblr girls4 qui mutilent leur corps à cause d’une contamination sociale (desquel⸱les je suis une égérie parfaite) ne dérive pas d’un processus de dégenrage. A la place, les hommes trans sont sujets à un processus de regenrage, dans lequel nous sommes replacés de force dans la féminité. Bhatt argumente :

« Là où les forces transmisogynes marginalisent et ostracisent les personnes transféminines de la société, nous rendant indignes de tout autre destin que celui d’être traitées comme des biens sexuels, les forces transémasculatives nient aux personnes transmasculines la possibilité d’échapper à l’exploitation reproductive et cherchent à regenrer les personnes transmasculines – perçu⸱es comme des assets reproductifs caduques – au sein des carcans de la féminité.

… C’est aussi ce pourquoi les formes les plus communes de rhétorique transémasculative chantent la « fille mutilée », qui fait écho à cette idée de biens endommagés. Être un asset reproductif dans le patriarcat n’est pas un destin enviable, mais le patriarcat, dans son processus de déshumanisation de la personne transmasculine, lui accorde toujours – non, pas une humanité, ne soyez pas absurdes, mais une utilité. Les personnes transmasculines peuvent toujours être « utiles » à un régime hétérosexuel nataliste et peuvent toujours être instrumentalisé⸱es pour leurs capacités gestationnelles et leur habilité à continuer la patrilinéarité5. Alors, iels sont vivement découragé⸱es à changer de sexe ou altérer leur corps, à moins de mettre en danger leur précieuse « fertilité » et de se rendre elleux-mêmes « indésirables », inaptes à toute exploitation reproductive. »

La notion de regenrage a été, pour moi, la clé qui a donné un sens à tout : à notre rejet viscéral d’être considérés comme des hommes cis malgré que nous soyons, bien sûr, des hommes ; au fait que les femmes trans aient l’air de recevoir tellement plus d’attention que nous, parce que le dégenrage requiert une humiliation et un mépris publique tandis que le regenrage nécessite que personne ne nous remarque. La manipulation innée au regenrage nous laisse aussi piégé dans le doute et dans la haine de nous-mêmes, parce que notre bien-être n’est jamais prit au sérieux sauf lorsque les autres sentent qu’iels sont sur le point de perdre leur contrôle sur nous. C’est pour ça, par exemple, que ma famille ne s’est jamais souciée ni que mon père m’ait maltraité, ni de ma santé mentale en général, jusqu’à ma sortie du placard. C’est seulement à ce moment que je suis devenue une pauvre victime, une petite fille qui n’a jamais eu une seule chance dans la vie, quelqu’un de malade et qui ne peut rien y faire. C’est pourquoi je ne me confie pas à elleux maintenant, pourquoi nous ne devenons pas les meilleurs ami⸱es du monde, et oh, d’ailleurs, je ne veux pas vraiment devenir un grand mec poilu, n’est-ce pas ? Mon père a utilisé des messages subliminaux et des techniques avancées de destruction psychologique pour me faire croire ça, mais c’est un mensonge. Je suis juste traumatisé et je guérirai une fois que j’aurais abandonné la stupide idée que je suis trans. Non, iels ne m’ont jamais maltraité, iels n’ont rien à se reprocher, ni par le passé, ni maintenant. Tout ça n’est que le résultat tragique des actes d’un méchant homme qui se prenait pour mon père et qui exploitait mon précieux corps féminin.

Je pense aussi au regenrage comme à une manifestation spécifiquement trans masc d’une hétérosexualité compulsive, à cause de la manière avec laquelle il instille au plus profond de nous une intense peur de ne plus être désirable, spécifiquement par les hommes. Bhatt nous dit sur ce point :

« Il y a, parfois, un point de non-retour, suite auquel les personnes transmasculines ne sont plus autant sujettes au regenrage, ayant commis le crime cardinal d’avoir exercé leur autonomie sur leur propre sexe… S’ils sont reconnus comme transmasculins, même s’ils naviguent le monde en tant qu’hommes, les individus transmasculins deviennent sujets au dégenrage, à la stigmatisation, à la monstration. Les biens ont été endommagés, et le régime hétérosexuel cherche à s’en débarrasser comme il se débarrasse de nous toustes qui ne rentrons pas dans sa vision d’une reproduction « naturelle ». »

C’est pour cela que j’envisageais de ne jamais transitionner du tout quand j’ai commencé à côtoyer mon fiancé. Même s’il m’avait toujours connu comme un homme trans, même s’il m’a constamment rassuré qu’il serait toujours attiré par moi même après avoir transitionné, une part de moi qui avait entendu encore et encore et encore que ma seule valeur était la valeur que je pourrais avoir en tant que femme et en tant que mère continuait à peser plus fort que la réalité de la situation. Si je transitionnais, mon corps le dégoûterait et il me quitterait. Avec lui partirait l’amour le plus grand que je n’avais jamais reçu, et plus personne ne m’aimerait jamais plus. Ma vie serait vide. Elle n’aurait plus de sens. Je ne serais plus rien.

Au cas où le fait qu’il soit maintenant mon fiancé ne le clarifiait pas, mes angoisses étaient complètement infondées. Maintes et maintes fois il m’a dit qu’il était encore plus attiré par moi maintenant que quand nous nous sommes rencontrés, quand j’étais encore au placard pour des raisons de sécurité. Transitionner avec lui à mes côtés a ouvert un monde de possibilités que je n’aurais jamais cru possible. Mais je sais aussi que j’ai de la chance ; beaucoup d’hommes trans perdent leurs partenaires et ont souvent du mal à trouver leur valeur en dehors de preuves que quelqu’un d’autre – souvent un homme – les désire sexuellement.

Du coup, quand les hommes trans Redeviennent Femelles, quand on referme le piège du sexe biologique sur nous et que l’on se rend à la fatalité du genre, quelque part, ça a du sens. Même si ça craint d’être une femme, ça semble être le moindre mal. Ça semble mieux de, simplement, se taire et faire avec les cartes que l’on a plutôt que d’essayer de chaparder une nouvelle main. Et quand la seule sympathie que l’on semble recevoir est causée par notre apparente féminité – peu importe si cette sympathie est sincère ou non – alors il y a quelque chose qui tient de l’incitation émotionnelle à y retourner. Être un homme, c’est un monde où l’on doit « manger ou être mangé ». Être trans ne rend cela que plus difficile.


Le regenrage peut être subtil, je pense. Même si tous ces magazines disaient que Thomas Beattie était un homme, le fait qu’il soit la première personne trans dont j’ai entendu parler était significatif. Il se démarquait parce qu’il était enceint. Depuis, quand je vois des hommes trans dans les actualités, leurs histoires sont souvent, aussi, celles de leurs grossesses. Et qu’on soit clair, il est extrêmement important d’avoir ces conversations sur les hommes trans et la grossesse, pour leur santé et la santé de leurs bébés. Mais ça veut dire quelque chose que les hommes trans ne soient considérés que lorsqu’ils sont enceints. Ils sont un spectacle face auquel on peut être choqué et que l’on peut condamner. Et pourtant, nous, les hommes trans qui n’ont pas d’enfants, sommes des spectacles à notre façon. Une grande part de l’hystérie anti-trans, en ce moment, s’accroche à la supposée tragédie que représente ces petites filles qui se stériliseraient sans aucune raison.

Si on ne parle pas de notre capacité ou non à être enceint, finalement, quand est-ce qu’on parle de nous ? La question de la « représentation historique », comme certain⸱es l’appellerait, a toujours été difficile. On peut trouver un homme trans ici et là, mais il y a toujours un grand trou. Et quand les hommes trans apparaissent dans des posts sur l’histoire queer, ce sont encore et toujours les mêmes. Aucun d’entre eux n’est reconnu pour son militantisme ; essentiellement, tous étaient stealth pendant toute leur vie et ont été outés contre leur gré de leur vivant ou juste après leur mort.

Durant toutes les années que j’ai passé à lire de l’histoire queer, j’ai trouvé quelques hommes trans qui étaient des organisateurs et militants reconnus – des personnes comme Lou Sullivan, Marcelle Cook-Daniels, et Rupert Raj. Et pourtant, je ne les ai jamais vu mentionnés dans des célébrations publiques de l’histoire queer. Le travail que nous faisons pour nous-mêmes et pour les autres, par amour de notre communauté, n’est pas reconnu. Cela n’est, malheureusement, pas nouveau. Déjà, en 1987, Rupert Raj en parlait dans son essai « Burn-Out : Les Héros et Héroïnes Oublié⸱es dans le Monde Transgenre » :

« Je sers la communauté transgenre de plein de façons différentes (administrateur, éducateur, chercheur, conseiller, pair aidant, responsable social, chargé de relations/liaisons publiques, networker, éditeur, auteur, président de conseil d’administration – pensez-y, je l’ai fait) depuis les 15 dernières années et demie sans aucune forme de rémunération. En fait, mon implication dans le bien-être de la communauté transgenre est la raison pour laquelle je suis, aujourd’hui, sans carrière ni source de revenu fixe. Ne vous en faites pas, c’était ma décision, et la mienne seulement (ma mission ou ma vocation) de servir ce groupe de personnes négligé, incompris et, même encore aujourd’hui, stigmatisé – des victimes rares de ce que Kim Stuart a appelé, avec justesse, le « dilemme indésirable ». Après tout, je suis moi-même un transsexuel F-M post-op et je suppose que je veux « m’occuper des miens ».

Mais c’est un fait : les personnes ressources, dans ce groupe – qui pour beaucoup d’entre elleux ont passé des années à essayer de combler le fossé laissé par les médecins et les autres spécialistes – non seulement méritent une quantité de gratitude et de reconnaissance que les personnes qu’iels aident ne pourraient même penser à exprimer, mais iels méritent aussi, désespérément, un repos (voire, dans certains cas, une retraite) bien mérité de la « scène ». Et conjointement, iels ont besoin de successeur⸱euses – qui seront tout aussi impliqué⸱es et compétent⸱es qu’iels l’ont été – pour reprendre leur rôle et rattraper la négligence de la communauté médicale, des professionnel⸱les de la psychologie et de la sexologie, des conseiller⸱es et des thérapeutes, des services sociaux, des écoles, de l’Église, de la loi, de l’État, des médias.

… Je/nous avons désespérément besoin de ressources (d’argent, d’effectif et de temps) pour que je [ainsi que d’autres militant⸱es et organisations] puisse … survivre. Alors, il n’appartient qu’à vous, Frères et Sœurs, de travailler ensemble – de reprendre le flambeau et de garder incandescente la flamme de la foi… »

Il est facile de chanter les louanges de Marsha P. Johnson de manière performative lorsqu’elle est morte. Mais d’un coup, c’est une autre histoire quand il s’agit de personnes qui, dans votre communauté, font le même travail qu’elle, ou Raj, ou d’autres. Être un « travailleur du genre bénévole », comme l’appelle Raj, c’est ne jamais être reconnu, et être exploité jusqu’à la rupture, peu importe à quel point l’on aime ses adelphes.

Raj est clair sur le fait que les personnes trans fems comme les personnes trans mascs font l’expérience de ce phénomène. Mais quand il s’agit des personnes trans mascs spécifiquement, je me demande si ça ne fait pas partie du regenrage. Je veux dire, s’il est attendu des femmes qu’elles soient vues mais pas écoutées, s’il est attendu qu’elles travaillent pour tout le monde sans espérer aucune gratitude ni aucune reconnaissance : qu’est-ce que cela voudrait dire qu’une personne trans masc bosse comme un chien pour rassembler sa communauté et pour être engagé politiquement, sans que personne ne la remercie ? Que des gens l’accusent d’avoir des intentions cachées quand iel prend une place décisionnelle, prend une position ferme pour les droits communs, ou exprime de la colère ? Que des gens critiquent sans arrêt ce qu’iel fait sans proposer de l’aider à s’améliorer ? Que des gens attendent d’ellui qu’iel prenne soin de la communauté trans tout en lae dénigrant comme étant inefficace, inepte ou malhonnête ?

Pourquoi les seuls hommes trans notables sont ceux qui donnent naissance à un enfant ou ceux qui gardent leur transidentité cachée ?


Un seul homme trans figure dans la Pride List 2025 du journal The Independent : Jake Graf. Il apparaît en 44ème position sur 50. Il n’a même pas d’entrée propre ; il la partage avec sa femme, une femme trans nommée Hannah. Les deux sont connu⸱es pour un documentaire BBC qui chroniquent leur parcours de parents utilisant les services d’une mère porteuse. Il est réalisateur, et pourtant l’entrée ne fait aucune mention de ses films sur la transidentité.

iv. Le Privilège Masculin

Globalement, toutes mes connaissances sur l’organisation d’évènements me viennent de mon fiancé. Il a été membre d’un parti socialiste pendant des années avant de déménager à l’autre bout du pays et de me rencontrer. Quand il est arrivé ici, il a essayé de continuer à organiser, mais il a fini par laisser tomber. Dans une ville où les opportunistes utilisent les identités politiques comme des fers de lance, il n’a jamais vraiment pu contre-attaquer. Il y avait toujours quelque chose qui n’allait pas chez lui. Même s’il était bisexuel, Mexicain, et que sa grand-mère faisait partie d’une des communautés indigènes, ça n’avait aucune d’importance. Ni le fait qu’il ait grandi pauvre. Il y avait toujours quelque chose chez lui qui était intrinsèquement oppressif. Non, iels ne disaient pas ça parce qu’il s’investissait avec enthousiasme ou parce que son enthousiasme se mettait en travers de leurs convoitises d’arnaqueur⸱euses. Non, c’est parce que c’est, euh, un homme cis ! Ou bien parce qu’il n’est pas vraiment assez qualifié pour parler des problématiques des personnes racisées, ou parce que n’est pas possible qu’il comprenne vraiment ce que c’est que d’être pauvre ou victime d’abus et de violence !

C’est le jeu que vous jouez quand vous voyez « libération » comme un synonyme de « popularité ». La même chose s’est produite pour ma meta. Son péché à elle, c’était d’être blanche et cis et, parce qu’elle est blanche est cis, il devenait complètement normal d’ignorer tout le temps qu’elle passait à promouvoir des auteur⸱ices, chercheur⸱euses et féministes Noir⸱es, ou le fait que c’est elle qui a initialement lancé la campagne qui est devenue mon organisation trans. Peu de temps après qu’elle se soit, essentiellement, faite virée parce qu’elle était une femme handicapée, anti-sioniste et communiste, ses supérieurs avaient tacitement menacé de la retirer de sa position sous prétexte qu’elle n’aurait pas fait assez pour la cause des personnes racisées.

Est-ce que nous sommes oppressé⸱es parce que nous sommes blanc⸱hes, cis, ou des hommes ? Non, bien sûr que non. C’est simplement ce qui se passe lorsque l’on croise des opportunistes et des réactionnaires qui veulent passer leurs préjudices sous silence. Iels bâtardisent des concepts pour prendre le contrôle. C’est pour ça que vous pouvez voir des gens accuser des personnes racisées d’être blanches, des personnes queer d’être hétéros, des personnes trans d’être cis. J’ai même été agressivement accusé d’être une femme trans alors que je parlais de mes expériences d’homme trans ! C’est une façon d’éviter la critique légitime et l’esprit critique, de court-circuiter le vrai débat, d’esquiver des responsabilités en clamant sa supériorité morale sur la seule base de son identité. Au lieu de s’investir dans les vraies dynamiques actuellement en jeu, il est plus simple de débattre de si une personne serait, supposément, exempt de telle marginalisation et de telle souffrance, afin de nier que ces mêmes dynamiques l’affectent.

Cet acte de nier aux personnes l’autorité sur leurs propres expériences vécues et de les positionner comme étant trop privilégiées pour être écoutées est un acte de déni d’autorité épistémique, comme décrit par Ajmani, Bhatt et Devito. Bien qu’il prenne une allure progressiste, il ne l’est pas. Il est là pour maintenir les hiérarchies en place et enlever la culpabilité que générerait le fait de les maintenir. Tout est bon pour étouffer dans l’œuf les véritables mouvements. Tout est bon pour atteindre le sommet et pour y rester.

*

Il y a 10 ans, quand Everyday Feminism avait encore la cote, iels ont posté⸱es un article sur comment les hommes trans pouvaient comprendre ce que c’était que de vivre à la fois le privilège masculin et la misogynie. Cet article et d’autres similaires m’ont fait m’attendre à ce qu’il arrive un grand moment, après avoir transitionné, où ma vie serait d’un seul coup bien meilleure parce que je serais, à présent, un Homme. Je guettais pour voir quand mon privilège masculin allait s’activer. Après trois ans et demi, du coup, j’en suis venu à une conclusion choquante : ma vie a l’air, en réalité, plus dangereuse maintenant ?

Bien que j’ai des réserves sur le concept de privilège en général, et ce depuis un moment, le concept de privilège masculin s’est particulièrement étiolé pour moi. Ce n’est pas parce que je pense que les hommes sont oppressés et pas les femmes ; non, c’est plutôt l’inverse. C’est juste que l’idée du privilège masculin est terriblement simplifiée. Par exemple, quand je travaillais comme caissier avant de transitionner, un de mes clients m’a dragué un peu, puis m’a proposé d’être mon sugar daddy. C’était un moment malaisant, mais bref. Depuis que je suis perçu comme un homme, par contre, des inconnus qui ont menacé de me tuer, un autre m’a coincé pendant presque une heure pour essayer de me convaincre de le baiser, un groupe d’hommes m’ont moqueusement catcall dans la rue, et encore un autre homme a essayé de me persuader de lui faire du contenu limite pornographique, sur mon lieu de travail.

C’était aberrant qu’autant de personnes essaient de me convaincre que, si j’étais trans, c’était parce que je m’étais fait agresser sexuellement, et que les agressions sexuelles étaient une expérience intrinsèquement féminine, pour ensuite découvrir que le harcèlement sexuel et la violence avaient augmenté depuis que je vivais en tant qu’homme. Je tiens à noter qu’aucun des inconnus que j’ai mentionnés ne savait que j’étais trans. Mais ils m’ont épinglé comme étant une pédale, et c’est tout ce qu’il leur fallait.

Beaucoup d’hommes trans qui Redeviennent Femelles ne parlent pas de cette réalité. Ça complique beaucoup trop les choses de mentionner que les hommes gays et bis vivent des violences sexuelles à un taux comparable à celui des femmes hétérosexuelles, y compris les violences sexuelles sur enfant. C’est un fait qui m’était complètement étranger jusqu’à ce que mon fiancé se confie à moi. Il a été molesté de manière répétée pendant son enfance ; agressé à l’âge adulte ; stalké et harcelé après avoir refusé les avances d’un autre homme, ce qui a aussi contribué à lui faire quitter l’événementiel politique. Son expérience de sa sexualité est tellement mêlée à celle de la violence qu’il voit le fait d’être queer comme quelque chose d’intrinsèquement violent, car les hommes hétéros nous tabassent (son dos porte toujours les cicatrices de toutes les fois où son père l’a fouetté pour avoir été trop efféminé) et les hommes queers dépassent trop souvent les limites trop vite. Aucunes des personnes qui l’accusaient d’être suspect ou de prendre trop de place juste parce qu’il est un homme dans un espace politique n’a l’air de prendre en compte le fait que, peut-être, il pouvait savoir ce que ça fait d’être exploité et abusé.

Et, pour être franc, moi non plus je ne l’aurais pas prit en compte, jusqu’à ce que je me sois débarrassé du Piège Femelliste6 et que je commence à juste être un mec. Je me demande à présent combien d’hommes ont été battus et menacés et abusés et molestés et violés. Je me demande combien d’hommes vivent avec ça et ne le disent à personne parce que ça n’a pas vraiment d’importance, parce que les hommes ne sont pas supposés être des victimes.


Beaucoup de personnes n’aiment pas l’adage qui dit « les gens qui souffrent font souffrir les gens ». Mais c’est la vérité. Ça ne veut pas dire que toute personne qui a souffert est condamnée à être une mauvaise personne jusqu’à la fin des temps. Mais ça veut dire que celles qui ont souffert vont rencontrer plus de difficultés dans leurs relations interpersonnelles. Quand le seul genre de relation qui vous a façonné était des relations violentes et sans amour, il est naturel de reproduire ce modèle.

Un de mes professeurs avait été travailleur social pendant 50 ans. Pendant longtemps, il a travaillé dans les prisons. La majeure partie de son public : des hommes incarcérés pour violences domestiques et violences sexuelles. De tous les agresseurs sexuels avec lesquels il a travaillé, il estimait que presque la moitié d’entre eux avait été abusé sexuellement quand ils étaient enfants. Ce n’est pas juste anecdotique ; de nombreuxes chercheur⸱euses ont constatés des schémas similaires (1, 2, 3, 4). Cela ne veut pas dire que les personnes qui ont une histoire de violences sexuelles sont plus enclin⸱es à commettre des violences sexuelles. Mais cela pose la question de la nature de la violence et du conditionnement social.

J’ai remarqué cette idée étrange que certaines personnes impriment dans leur tête à propos des violences, et particulièrement des violences systémiques. Par exemple, quand j’étais plus un genre de SJW7 de Tumblr, il y avait cette idée auquel beaucoup d’entre nous croyaient – consciemment ou non – selon laquelle être une victime, c’était être intellectuellement et/ou moralement supérieur. La croyance sous-jacente, ici, c’est que la violence se produit parce que l’agresseur⸱euse est incapable d’avoir de l’empathie pour sa victime, et ne veut pas en avoir. Du coup, lorsque l’on parlait de violence genrée, il y avait cette idée selon laquelle les hommes seraient bien plus propices à être violents sexuellement parce qu’ils ne savent pas ce que c’est que de subir des violences sexuelles. De la même façon, parce que les femmes ont plus de risques d’être agressées sexuellement, elles seraient bien moins enclines à commettre des violences sexuelles, parce qu’elles savent ce que c’est. A partir de là, cette croyance s’est de plus en plus généralisée, jusqu’à ce qu’elle se transforme en « être un homme, c’est être intrinsèquement capable de violence, et être une femme, c’est être intrinsèquement capable d’être victimisée » – une pensée difficilement révolutionnaire au sein du patriarcat. Les essentialistes du genre seraient certainement d’accord, après tout ; cela naturalise un ordre social injuste et absout ses participant⸱es de toute agentivité.

Mais si c’est faux que les hommes sont plus enclins à être violents par vertu d’être des hommes, qu’est-ce qui explique le fait qu’ils soient, de manière disproportionnée, plus enclins à être violents ? On pourrait trouver un grand nombre d’explications – biologiques, psychologiques, sociales, et autre – mais ici, je voudrais revenir sur l’expérience de mon professeur. Étonnamment, il se trouve qu’être violent⸱e et être victime ne s’excluent pas mutuellement, comme il l’a montré – particulièrement au sein d’une société qui normalise la violence. Alors, est-ce que les hommes ne seraient pas plus violents, non pas parce qu’ils ne seraient jamais victimes, mais parce qu’ils seraient incités à être violents afin de ne pas être des victimes ?

Et si la capacité à être violent était, en réalité, une manière de maintenir sa place au sien de la hiérarchie ?

Ça ne veut pas dire que quiconque vivrait de la violence ou des abus de la part d’un homme aurait été d’abord une menace. Non, ce que ça veut dire c’est que les hommes sont conditionnés à être violents parce que la violence à laquelle les hommes font face est généralement considérée comme étant justifiée. Pensez, par exemple, aux millions – si ce n’est milliards – d’hommes morts au combat. Leurs vies étaient sacrifiables, pas uniquement comme des outils à utiliser pour le nom d’une cause plus grande. Les familles belges ont peut-être pleuré la perte de leurs proches pendant la Bataille de Liège de 1914, et pourtant l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni ont répondu avec encore plus de ferveur, envoyant des millions d’hommes mourir dans des tranchées inondées, dans des montagnes enneigées, dans des océans, dans des prairies, dans des déserts. Et ces morts étaient justifiées, soit parce qu’ils se battaient pour un concept abstrait qui deviendrait, ou non, important dans les décennies à suivre, soit parce qu’ils ne se battaient pas assez. Ils n’étaient rien d’autre que de la nourriture pour le bétail qu’est la violence nationaliste ; la preuve de leur virilité et la preuve qu’ils ont un rôle dans la nation sont entremêlées, et ils doivent être en mesure de commettre de la violence afin de fournir ces preuves.

Quand j’ai dis, plus tôt, qu’être un homme c’était « manger ou être mangé », c’est cela que je voulais faire comprendre. Si tu ne prouves pas ta capacité à prendre les choses en main – ta capacité à être violent – tu seras mangé. Et si c’est la culture dans laquelle nous vivions, est-ce si surprenant que les hommes soient insensibilisés à la violence qu’ils s’infligent ? Est-ce surprenant qu’ils commencent à se railler et s’attaquer et s’agresser sexuellement à un jeune âge ? Les garçons apprennent vite qu’ils sont jetables, qu’ils sont un parmi des milliers, qu’ils doivent se montrer à la hauteur de la masculinité, car on attend qu’un jour, ils l’incarnent. Ils l’apprennent en premier lieu quand ils se bousculent dans les vestiaires, dans les couloirs de l’école et au parc le week-end. Quand les gens disent « c’est juste des garçons », c’est à ça qu’ils renvoient : que les garçons seront, devraient être, doivent être violents, et qu’ils peuvent diriger cette violence contre des cibles considérées comme acceptables. Ceux qui ne parviennent pas à répondre à ces attentes deviennent eux-mêmes les cibles de cette violence.

Finalement, parler de violence genrée revient au fait qu’elle est considérée ainsi car la violence, en elle-même, est un acte de genrage. L’idée reçue que j’ai eue plus tôt – qu’être un homme serait être intrinsèquement capable de violence, et qu’être femme serait être intrinsèquement victime – est en partie vraie, dans un sens. Ce n’est pas que les femmes ne peuvent jamais être des agresseuses et que les hommes ne peuvent jamais être des victimes. Mais être victime en tant qu’homme signifie être émasculé. C’est être faible, être une sissy, une pédale, et autre. Donc, en tant qu’homme, tu gardes ta souffrance pour toi et personne n’attend autre chose de toi. Il y a un bon nombre d’hommes qui se sentiraient insultés si on s’attendait, en effet, à autre chose.


Professionnellement, je connecte des personnes avec des handicaps aux ressources dont iels ont besoin. Deux de mes client⸱es sont remarquablement similaires : iels sont né⸱es à quelques mois d’intervalle seulement, viennent de milieux sociaux presque identiques, ont des addictions et des antécédents criminels similaires, souffrent de troubles du neurodéveloppement qui ne sont pas traités correctement et ont vécu des traumas assez profonds dans l’enfance et à l’âge adulte. La plus grande différence entre elleux deux sont que l’un est un homme et l’autre une femme. Une autre différence importante est qu’il est un criminel condamné, et elle non.

Si vous veniez à interagir avec lui, vous seriez sûrement choqué⸱e d’apprendre son passé criminel. Par expérience, il est terre à terre, raisonnable et profondément honnête. A la limite, vous pourriez penser que ma cliente, qui est en général enjouée et avenante mais qui a des grosses difficultés à réguler ses émotions, serait la personne condamnée. Et pourtant, bien qu’elle ait, de sa propre admission, été violente de manière répétée envers ses proches, c’est lui le criminel connu.

Mais plus j’ai appris à le connaître, plus j’ai compris pourquoi il avait craqué. Ce n’est absolument pas pour dire que ce qu’il a fait était justifié – il vous dirait très vite que ça ne l’était pas. Mais ça fait sens qu’il en soit venu à ce point. Ses handicaps sont le fruit d’une persécution constante pendant toute sa vie – un harcèlement sévère dans l’enfance, qui a mené à des relations amicales et romantiques tellement abusives à l’âge adulte que c’est à se demander comment il est encore en vie. Pourtant, personne n’y a jamais vraiment fait attention, et n’est encore moins intervenu. Il m’a dit, un jour, que la première fois où il a vraiment senti qu’on le voyait, c’était lorsque son professeur d’anglais, en troisième, est activement intervenu pour l’aider à passer sa classe. Il m’a expliqué que, grâce à ça, il a appris assez tôt qu’il devait frapper le premier pour éloigner ses harceleur⸱euses, car aucun adulte n’aiderait. L’incident qui l’a fait condamner, c’était précisément ça – il a frappé le premier pendant un moment de grande vulnérabilité émotionnelle.

Il est, bien sûr, important de mentionner que ma cliente n’a pas développé le même état d’esprit, malgré son background similaire. Quand elle devient violente, elle est beaucoup plus réactive, plus défensive, une explosion de peur et de colère et de confusion qu’elle n’arrive simplement pas à articuler ni exprimer d’une manière saine une fois qu’elle a été poussée à bout. Je pense que c’est aussi pourquoi elle n’a jamais été violente autant que lui a été violent – elle pousse, frappe, et jette des trucs au lieu d’attaquer quelqu’un avec une arme. La différence est ici révélatrice de ce que les gens veulent dire quand iels parlent de socialisation genrée : l’Homme est plus à même d’être violent car il est culturellement considéré comme un agent, la Femme est moins à même de l’être car elle est culturellement considérée comme un objet. En tant qu’agent, mon client se sent encouragé à tenir une position offensive tandis que ma cliente, en tant qu’objet, agit en général avec un état d’esprit plus défensif. Bien qu’iels soient toustes les deux enclin⸱es à la violence, iels ont des vécus différents, justifient différemment cette violence et n’ont pas le même rapport à celle-ci – ni à ce qui la déclenche. C’est-à-dire que, lorsqu’elle dépasse les bornes, c’est pour se protéger d’une supposée critique, d’une déception, ou autre, et ce peu importe si cette perception est juste. Mais quand il a vrillé comme il l’a fait, c’était pour prouver quelque chose, pour faire peur à un autre homme, pour avoir l’« ascendant » avant que cet autre homme ne l’ai.

Attendre d’être victimisé, c’est toujours dangereux, mais pour les hommes, c’est dangereux et émasculant, ce qui rajoute encore une toute autre dimension. Par exemple, je pense à comment les parents de ma cliente ont rapidement accepté l’idée que leur fille ai été victimisée, pendant que les parents de mon client – et, en particulier, son père – agonisent qu’il soit aussi efféminé, comme si c’était le principal problème dans sa vie. Il est efféminé malgré le fait qu’il soit fiché comme un criminel violent, efféminé malgré le fait qu’il est un homme ostensiblement masculin avec une longue barbe et loin d’être maniéré. C’est une honte qu’il ne puisse pas être davantage comme son père. Iels n’ont jamais mentionné à quel point il avait souffert dans sa vie, alors que les parents de ma cliente ont vite expliqué toutes les façons par lesquelles elle a été blessée par autrui.

Quand je discute avec lui, il parle beaucoup de ses parents. C’est comme si personne ne l’avait jamais pris au sérieux auparavant.


Je veux que ce soit clair tout de suite : je ne suis pas un militant pour les droits des hommes8. Je ne veux pas avoir l’air de dire ou d’affirmer que les femmes sont plus prises au sérieux que les hommes, car ce n’est absolument pas le cas. Ma cliente est aussi, en général, délaissée par les autres, et c’est le cas pour beaucoup d’autres femmes avec lesquelles je travaille – il est attendu des femmes qu’elles encaissent ce genre d’abus. De façon similaire, il y a beaucoup de fois où les femmes sont les agresseuses et vont à l’offensive. Ce que j’essaie d’exprimer, cependant, c’est qu’il y a des causes sociales à ces schémas de violence, et qu’être une victime et être rejeté n’est pas une expérience intrinsèquement féminine. Les hommes comme les femmes vivent de la violence – et les hommes sont plus souvent violents – car c’est une manière de maintenir le contrôle et la domination dans le patriarcat. Malgré le fait que « patriarcat » fasse référence à un système de contrôle masculin, tous les hommes ne sont pas traités de la même manière en son sein – les hiérarchies ont, en général, un petit groupe de personnes à leur tête, ce qui exclut, de fait, la plupart des hommes ! Le patriarcat est une forme d’organisation socio-économique, pas un standard prescriptif sur la manière de traiter chaque personne individuellement en se basant uniquement sur son genre.

Si ça semble compliqué, je vais le formuler autrement : un père pourrait battre uniquement son fils et ne jamais toucher ses filles, mais le fils sera celui qui héritera de la propriété. Le patriarcat ne veut pas que les pères ne maltraitent jamais leurs fils – non, battre son fils est un moyen de maintenir son pouvoir sur lui, de lui rappeler qui est vraiment aux commandes, de lui « apprendre » ce qui est attendu de lui en tant qu’homme. Mais le patriarcat veut que ce même père, celui qui était bien plus gentil avec ses filles, ne vienne même pas à considérer la possibilité de leur léguer la propriété. Le patriarcat veut que le fils soit le seul à avoir des bénéfices matériels, même si ça demande de le blesser physiquement et émotionnellement dans le même temps. Pendant ce temps, les employés de cette propriété n’en tirent aucun bénéfice, mais peut-être que, théoriquement, ils pourraient aussi un jour être propriétaires, et peut-être qu’ils rentreront auprès de leurs femmes et de leurs enfants et qu’ils auront le dernier mot sur les finances de la famille. C’est toute une course acharnée, un protorêve Américain qui concentre le pouvoir dans les mains de quelques hommes pendant que le reste rêve de devenir ces hommes.

Donc, lorsque les hommes trans Redeviennent Femelles, quand on nous dit qu’être victimisé, rejeté, maltraité, abusé et autres sont des preuves de cette féminité, tout ce que je trouve à répondre c’est : non, en vérité, c’est une expérience extrêmement masculine aussi. Il y a, en quelque sorte, une violence inhérente dans le fait d’être un homme, mais c’est plutôt que les hommes attendent constamment que quelqu’un soit violent envers eux en premier, et il est attendu d’eux qu’ils se protègent et maintiennent leur statut par la violence. Après tout, il y a une raison pour laquelle les hommes sont bien plus à même d’être assassinés, agressés physiquement, et tués dans des accidents. Mais prendre au sérieux la souffrance des hommes demanderait de sous-estimer fondamentalement les mécanismes du patriarcat. Sans violence, on ne peut pas avoir l’ascendant, on ne peut pas forcer sa femme ni ses enfants à suivre sa volonté, on ne peut pas entraîner son pays dans la guerre pour son propre bénéfice. Nous sommes tous Isaac qui attend d’être massacré quand la volonté de Dieu l’appelle. Nous cherchons toujours le bélier dans les buissons.

v. Synthèse

Alors ? Quel est le message dans tout ça ?

Normalement, je planifie, à l’avance, ce que je veux écrire. Cet essai, en revanche, est un des rares cas où je me suis juste assis et j’ai déversé tout ce qui me passait par la tête. Il est le produit de plus d’une décennie à mariner sur ce que c’était, vraiment, être un homme trans et toutes les disputes que j’ai eues sur ce sujet entre temps.

Finalement, il s’agit de ma tentative de mettre des mots sur ce que, je pense, beaucoup d’entre nous ressentent et vivent – et ma tentative d’y réfléchir de manière plus critique. Afin de simplifier les choses, voici les conclusions que j’ai tiré :

1) Les hommes trans sont des hommes. Nous ne sommes pas comme les hommes cis, parce que nous sommes trans. Mais cela ne veut pas dire que nous ne sommes pas des hommes. Les hommes ne constituent pas un groupe homogène avec des expériences identiques.

2) Être un homme n’invalide aucunement nos expériences de maltraitance, de discrimination, de violence ou d’abus. Statistiquement parlant, les hommes ont plus de chance d’être victime de violence de toute façon. Nous avons ça en commun.

3) Vivre de la maltraitance ne veut pas dire qu’il est impossible d’en être l’auteur⸱ice. De la même façon que celleux qui vous font du mal ont potentiellement été maltraité⸱es elleux-mêmes. Être victimisé⸱e ne nous élève pas intellectuellement et/ou moralement.

4) Quand je suis victime de violence, ce n’est pas spécifiquement parce que je suis un homme blanc ou un homme de manière générale. Dans les exemples que j’ai donnés, tirés de mes expériences en tant qu’organisateur, être quoi que ce soit soit d’autre qu’un homme blanc n’aurait pas amélioré la situation, et ne m’aurait pas apporté plus de sécurité. Le problème, c’est que ces personnes sont des réactionnaires – iels ne veulent pas qu’il y ait du progrès, et agissent purement par intérêt personnel. Il y a beaucoup d’autres membres, dans cette organisation, qui ne sont pas trans mascs et qui ne sont pas blanch⸱es. Je sais qu’iels auraient reçu le même genre de critique si iels avaient été à ma place.

5) Parce que nous vivons dans une société cissexiste, nous manquons, historiquement, de langage et de cadre pour faire sens de nos expériences. A cause de cela, on commence à ressentir de la rancœur envers les mauvaises personnes. Par exemple, on est en colère contre les femmes trans car elles donnent du sens à leurs vécus, et ce particulièrement lorsque le cadre qu’elles ont développé à partir de ceux-ci a l’air de contredire nos propres expériences.

6) Plutôt que d’essayer de construire à partir de cadres spécifiquement trans déjà existants, on a souvent l’impression de devoir choisir entre n’avoir aucun cadre, ou se forcer à rentrer dans des cadres féministes cissexistes. Souvent, nous choisissons la deuxième option – et c’est de là que le Piège Femelliste intervient : par une nécessité de se considéré comme intrinsèquement Femelle à cause d’expériences x, y ou z. Je pense que cela vient pour beaucoup d’une ignorance historique et sociologique, qui n’est pas tellement de la faute de quiconque. Beaucoup de gens ne comprennent pas vraiment ce que cela signifie que quelque chose soit une construction sociale et, à défaut, iels s’appuient sur des idées essentialistes et déterministes du genre. Iels voient la société et la culture comme une conséquence d’idées et de façons d’être innées, plutôt que comme la conséquence de réalités extérieures, comme les réalités économiques, l’accès aux ressources, les événements historiques importants, etc. Si vous voulez mieux comprendre ce dont je parle, je vous recommande vivement de lire au moins l’introduction de La Création du Patriarcat, par Gerda Lerner.

7) Nous avons tendant à nous accrocher à une lecture idéaliste des rapports sociaux, dans laquelle la réalité serait une conséquence de nos idées, de nos croyances, et de notre conscience par opposition à celle de forces extérieures qui influenceraient notre manière de penser et d’agir. Cela donne de la crédibilité aux identités politiques. Ce n’est pas pour dire que ça ne sert à rien d’identifier comment certaines catégories de personnes sont traitées différemment au sein de la société, mais pour dire que les gens en viennent à se concentrer d’avantage sur l’identité elle-même que sur les forces qui créent et donnent forme à cette identité. Du coup, au lieu de comprendre Homme et Femme comme des descripteurs liés aux relations de propriété et de parenté, par exemple, nous les comprenons, quelque part, comme des concepts figés et innés, comme si ils étaient encodés dans notre ADN. Et si c’est le cas, il est beaucoup plus facile d’utiliser l’argument selon lequel quelqu’un⸱e serait intrinsèquement oppressif⸱ve pour telle ou telle raison. Il n’y a pas que les gens de gauches qui font ça – les droitard⸱es le fond depuis des siècles. Vous pensiez que c’était quoi, la science de la race ?

8) Parce que le concept idéaliste d’identités politiques est facile à instrumentaliser, les réactionnaires l’utilisent pour ausculter le véritable conflit à l’œuvre. Nina qui m’exploite pour son profit, ce n’est pas une question d’ellui en tant que fem racisé⸱e vs moi en tant qu’homme blanc – c’est une question d’ellui en tant que chef⸱fe d’une petite entreprise, membre de la petite bourgeoise, versus moi, membre de la classe ouvrière, un prolétaire. Tout comme Rupert Raj, je fais ce que je fais totalement gratuitement parce que je me soucis de ma communauté de personnes trans et que je veux prendre soin de nous. Nina ne fait pas communauté avec nous ; nous ne sommes, pour ellui, que des client⸱es et de la bonne publicité gratuite.

Et donc, une fois tout ça dit, après le monstre qu’est cet essai, j’en viens à mon ultime et finale conclusion, celle que je voudrais vraiment que toustes les trans mascs qui me lisent retiennent : la raison pour laquelle tu te détestes, la raison qui t’éloignes de simplement être un Homme, la raison pour laquelle tu as l’impression que tout le monde te déteste parce que tu es un homme, c’est parce que le monde ne veut pas que tu sois un homme trans. Iels te rendent fou volontairement, parce qu’iels détestent que tu sois un homme trans. Tu es dégoûté⸱e de toi-même et tu veux mourir parce que la société déteste les hommes trans et que c’est vraiment putain de dur d’en être un.

Non, tu n’es pas intrinsèquement femelle, non, tu n’es pas si différent des hommes cis au point de ne pas pouvoir être vu comme un homme, non, le féminisme ne te ment pas et les hommes ne sont pas vraiment les opprimés (même si tu peux avoir cette impression car beaucoup de féministes ont des analyses absolument terribles).

Ceci dit, les gens sous-estiment et minimisent sérieusement ce que tu ressens et tes expériences parce que tu es un homme trans. Le Gaslighting est un terme de psychologie populaire bien trop utilisé, mais c’est ce qui se passe en quelque sorte. Ce que tu vis est réel et dégueulasse et probablement, à un certain point, traumatisant, et c’est parce que tu es trans.

Là, vous avez probablement réalisé que le titre de cet essai était un piège pour vous pousser à le lire. Il n’y a pas de privilège trans masc. Ça n’existe pas. Vous pouvez peut-être connaître une forme de privilège masculin dans vos relations interpersonnelles, comme le fait que quelqu’un⸱e vous prenne plus au sérieux ou donne plus de poids à votre avis qu’à celui d’une de vos collègues, mais il n’y aucun privilège spécifique ni systémique au fait d’être un homme trans. C’est une expérience similaire à celle que vivent d’autres hommes minorisés, ils sont toujours des hommes, mais ils subissent également les conséquences d’être racisés, queer, handicapés, et autres. Par conséquent, nous sommes souvent aliénés de la masculinité hégémonique et nos expériences sont délégitimées.

Il n’y a pas non plus de « transmisandrie », ou je ne sais quel autre nom vous voulez lui donner, car ce terme identifie la masculinité comme la racine de notre oppression quand la masculinité n’est fondamentalement pas marginalisée au sein du patriarcat. La transmisogynie, que le terme transmisandrie mimique, fait référence à une forme de misogynie spécifique qui touche les femmes trans ; il n’existe pas de « misandrie » institutionnelle sur laquelle nous appuyer. Les hommes sont dévalués de manière systémique, quelque part, au sein du patriarcat – je pense l’avoir suffisamment explicité dans cet essai – mais cette dévaluation des hommes est une épée à double tranchant qui découle du fait que les hommes soit traités comme des agents, ce que les femmes de sont pas. Les hommes se dévaluent les uns les autres pour maintenir leur contrôle ; les femmes peuvent y participer, mais elles ne détiennent généralement pas le même pouvoir. Peut-être que la femme d’un homme qui bat son fils ne fait rien pour l’en empêcher, ou peut-être même qu’elle l’y encourage. Mais quand son mari décède, son fils est celui qui possède maintenant leurs biens, et elle devient dépendante de lui. La relation matérielle n’est juste pas similaire. La violence du patriarcat mâche et recrache les hommes comme les femmes car c’est une violence qui détermine qui a le droit d’accéder, d’hériter et de contrôler la propriété. Les femmes sont incluses dans ce système comme des biens, puisque leur rôle est de fournir un travail sexuel et reproductif. Cela leur donne du pouvoir ; c’est la raison pour laquelle les hommes doivent les contrôler. C’est pourquoi, si nous devons ouvrir une discussion sur la transphobie spécifique auxquelles les hommes trans font face, alors le concept d’anti-transmasculinité de Nsambu Za identifie plus précisément un ciblage des hommes trans basé sur notre transidentité plutôt que sur notre masculinité.

Finalement, nous sommes laissés avec ce simple constat : être un homme trans, c’est être spécifiquement et systémiquement effacé. Alors que beaucoup de groupes minorisés connaissent un épistémicide – la silenciation, la dévaluation ou l’annihilation d’un système de connaissance – les personnes trans mascs se retrouvent fortement impacté⸱es. Nous n’existons pas parce que nous ne sommes pas censés exister. Le monde dans son ensemble fera tout ce qui est en son pouvoir pour nous forcer à être des femmes.

Mon conseil ? Ne leur donne pas cette satisfaction. Ne revient pas à l’essentialisme du genre, n’autorise pas les autres à te harceler jusqu’au silence et à la soumission en déguisant leur transphobie en autre chose. Sois un homme trans et force-les à en être témoins. Sois un homme trans et refuse de te taire.


J’exprime ma plus sincère gratitude à Talia, Emma, Alice et mon fiancé, Miguel, pour m’avoir donné leurs retours pendant que j’écrivais cet essai.


Sur l’auteur :

The Trans Dandy est écrivain. Il recherche et publie, sur son compte Substack, des articles sur les politiques trans aux États-Unis et sur le transféminisme.

Réseaux Sociaux de l’auteur:

Substack: https://thetransdandy.substack.com/

Ko-fi: https://ko-fi.com/thetransdandy


Mot de fin du traducteur:

Je tiens à rappeler que je ne possède et ne suis l’auteur d’aucunes des ressources présentées sur ce site. Je ne fais que les traduire.

N’hésitez pas à signaler les erreurs, à faire des suggestions, et à me proposer des textes/vidéos anglophones à traduire. Je répondrais aux messages et demandes dans la mesure de mes capacités.

Soutenez les auteurices, et merci.

Cyan.

1Ajout du traducteur.

2Désigne le fait de raconter, de manière détaillée et parfois excessive, des événements traumatisants. (Toutes les notes sont du traducteur)

3Dans le texte original, l’auteur cite le psaume 139:14 de la Bible, « I am fearfully and wonderfully made », qui pourrait être traduit littéralement par « je suis terriblement et merveilleusement fait ». Je l’ai ici remplacé par la traduction française du psaume qui dit « je suis une créature si merveilleuse », afin que la phrase soit plus juste et compréhensible.

4ROGD = Rapid Onset Gender Dysphoria
Ou «Dysphorie de genre à apparition rapide ». Une théorie apparue aux alentours de 2016 sur Tumblr, sur des blogs anti-trans, selon laquelle il y aurait eu une soudaine apparition de symptômes de dysphorie de genre, majoritairement chez les « jeunes filles », liée à une « contagion sociale » à cause des discours militants trans. Cette théorie a été, depuis, largement invalidée, comme n’étant pas un phénomène cliniquement distinct.
[Sources : Page Wikipédia « Rapid-onset gender dysphoria controversy » et anglais et « Controverse sur la dysphorie de genre à apparition rapide » en français.]

5Système de filiation dans lequel chacun relève du lignage de son père. [Source Wiktionnaire.]

6J’utilise ici, dans la traduction, le terme « femelliste » non pour désigner le mouvement « femelliste » français, mais bien pour désigner le piège qui ramène au fait d’être « biologiquement femelle ».

7SJW = Social Justice Warrior, littéralement « Guerrier de la Justice Sociale ». Un terme péjoratif et un meme utilisé sur les réseaux sociaux pour désigner les personnes défendant des idées ou des causes considérées comme progressistes : féminisme, droits civiques, droits LGBT, multiculturalisme etc. Il a été adopté par l’extrême droite en 2014, pendant la controverse du Gamergate. Son utilisation et son sens sont similaires au terme woke actuel. [Source : Wikipédia]

8En anglais, MRA ou Men’s Rights Activist, est un terme utilisé pour désigner un mouvement conservateur s’étant développé, notamment en ligne, dans un objectif de contrer le mouvement féministe. Il est majoritairement composé d’hommes blancs hétérosexuels et a émergé sur le web au début des années 2000, sous la forme d’une manosphère via des forums et des subreddits. Ils utilisent, notamment, la métaphore de la pilule rouge dans Matrix pour s’identifier et parler du moment où ils ont réalisés que les hommes étaient opprimés (d’où le terme red-pilled, souvent utilisé pour les désigner). Ce mouvement est similaire au mouvement masculiniste en France. A ne pas confondre avec le MLM, Men’s Liberation Mouvement ou Mouvement de Libération Masculine, qui lui est ouvertement féministe. [Source Page Wikipédia : « Mouvement pour les droits des hommes »]

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